Moustapha Safouan – författare
Why Are The Arabs Not Free?
The Politics of Writing
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Ces entretiens avec Moustapha Safouan traitent de trois questions qui concernent la psychanalyse et sa place dans notre monde contemporain.Tout d’abord, il est question de la révision de l’Œdipe au regard de la théorie du désir de Lacan. Dès lors la sexualité humaine s’oriente à partir d’un manque constituant les désirs féminin et masculin sans référence au sexe réel.La mutation de la famille est ensuite envisagée sous l’apport de la fonction paternelle qui est indépendante du patriarcat. En installant un manque dans l’être, cette fonction logique de la métaphore paternelle permet le choix d’un désir féminin ou masculin et répond au débat ouvert par l’anthropologie sur le constat qu’un enfant nécessite plus qu’une mère et un père.Lacan voulait que la psychanalyse soit une science alors que sa transmission ne l’est pas. D’où l’échec de la passe. Moustapha Safouan développe ce point dans la partie sur les organisations analytiques en reprenant la formation de l’analyste autour de la traversée du fantasme et du désir de l’analyste.
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L’être humain naît dans le langage et est structuré par lui. C’est le sens même de la théorie du parlêtre, qui implique une double division : celle du sujet parlant entre sujet de l’énoncé et sujet de l’énonciation, et celle entre vérité et mensonge. La première pose une complémentarité entre l’énonciation et l’énoncé, la seconde oppose la vérité au mensonge. Or, pour fonctionner correctement, toute société doit présupposer un a priori, qui consiste à accorder à chacun le fait qu’il s’exprime de bonne foi. C’est pourquoi le mensonge est proscrit, et l’exigence de vérité universelle. Sont ici discutées, à la lumière de la psychanalyse, les différentes définitions de la vérité qui permettent d’appréhender la structure psychologique des relations humaines.
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Tant qu’il allait de soi que l’œdipe de chacun, garçon ou fille, devait suivre a loi de son sexe, la psychanalyse était comme le nouveau-né qui passe la plupart de son temps à dormir, et pouvait se contenter d’une conception mythologique de la paternité, celle-là même qui joue dans la névrose. Ce qui signifie que Freud avait découvert le complexe sans l’expliquer. C’est précisément cette découverte de la « phase phallique » qui a rendu une révision du complexe d’œdipe nécessaire, ce à quoi beaucoup d’analystes n’ont pas pu se résoudre.Que la phase phallique puisse jouer chez la fille, on s’en étonnera moins quand on saura que son fonctionnement n’est guère plus « compréhensible » chez le garçon. La déduire comme effet du langage chez l’être parlant, selon les lignes directrices de l’enseignement de Lacan, ce n’est pas méconnaître les effets considérables de la différence anatomique entre les sexes, tant dans la modulation de la névrose que dans celle du désir normal ou normativé.
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L’Œdipe, comme on sait, n’a pas bonne presse. Qu’est-ce pourtant qui permet à un sujet de s’arracher à la prison d’une relation duelle au désir de sa mère, sinon un tiers signifiant : le père symbolique (lequel n’a nulle raison de recevoir même figure partout et en toute culture) ? Et comment se pose, pour le sujet, l’articulation de tout désir à une loi d’interdit, sinon par la figure du père idéal, effet induit dans l’imaginaire par le père symbolique : tout à la fois pôle d’identification et représentation d’une différence figée ? Figure, le père idéal, dont M. Safouan remarque qu’il faut être aveugle à son rôle dans la constitution d’un sujet pour croire l’Œdipe artificiel et contournable. « Faute de dégager cette figure, tout discours sur l’Œdipe s’inscrirait dans les effets mêmes de l’Œdipe : et garderait par là un caractère idéologique. » Enfin, rien ne permettrait de réaccorder ce qui s’est ainsi trouvé opposé, entre désir et loi, en l’absence du père réel qui seul peut diriger le désir en dehors de la famille.Cette réflexion sur l’Œdipe, dont tout l’axe porte sur le père, et qui permet d’avancer que l’Œdipe c’est la castration, est une référence incontournable du champ psychanalytique. Une nouvelle édition s’avérait nécessaire après quarante ans.
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Dès la fin des années 1970, Lacan lançait une prédiction : le complexe d’Œdipe n’aurait plus de sens dans une époque qui aurait perdu le sens de la tragédie. Déjà, il prévoyait que le Nom du Père n’aurait pas davantage de poids qu’une fiole de sperme si le père se réduisait à n’être plus qu’un objet partiel. Cette époque à présent est la nôtre : les sciences techno-médicales permettent de ne plus envisager le genre de façon binaire, et la procréation médicalement assistée ou la libéralisation marchande de la reproduction (à travers, par exemple, le marché des mères porteuses) nous obligent à reconsidérer nos acquis théoriques et notre position sur la structuration du psychisme humain. Pour les psychanalystes, le défi est immense?; mais il n’est pas moindre, loin s’en faut, pour tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’humanité : les bouleversements culturels et scientifiques, qui débutent à peine, annoncent une profonde mutation de la filiation totalement inédite. Sont-ce les prodromes d’une nouvelle structure psychique qui devra se confronter à la question des origines du sujet?? Impossible encore à dire. Mais ces changements nous forcent à repenser certains fondements civilisationnels qui furent pendant des siècles ceux de l’humanité tout entière. Rejetant tout déclinisme, cet essai pose les jalons de la réflexion à entreprendre sur cette civilisation post-œdipienne.
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Ce livre veut être une intervention pour clarifier les débats autour de la formation des analystes. Dans les dernières années de Freud, les sociétés analytiques se sont construites sur le modèle de l’administration bureaucratique, et la formation analytique a été assimilée à un apprentissage. Lacan a remis cette organisation en question en soulignant la fonction fondatrice de la parole – fonction partout méconnue, le propre de la société étant que le sujet ne peut y prendre la parole qu’à partir d’une position déterminée à l’avance, qui lui dicte ce qu’il doit ou ne doit pas dire. Dès cet instant, il devient clair que c’est l’avènement d’une parole hors censure, donc son désir, qui est la pierre de touche d’un analyste?; et c’est de laisser le champ libre à la parole qui doit régir le schème de toute organisation analytique. Deux dimensions auxquelles Lacan fit place dans l’institution de la passe et du cartel. Pourtant, Lacan a pu penser que son École avait abouti à un échec. Pour quelles raisons?? Moustapha Safouan les étudie en se demandant à quelles conditions l’apport de Lacan pourrait se réaliser.
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« En réalité nous ne savons rien, car la vérité est au fond du puits », rappelle Démocrite, qui souligne la nature mouvante et insaisissable de la vérité. Elle est pourtant ce que le sujet demande dès qu’il parle. En somme, la vérité est une passion infantile, autant dire primordiale. La vérité ici ne désigne pas un objet. On en fait usage comme un attribut qui caractérise certains énoncés en les distinguant de leurs contraires, taxés de mensonges. Lacan a pourtant substantivé la vérité et lui a même prêté sa bouche : « moi, la vérité, je parle »?; mais son discours ne semble pas avoir contribué à faire revenir les analystes sur la conception qu’ils se font de leur tâche comme recherche de la vérité.Recherche de la vérité qui ne peut qu’être en même temps une délimitation du réel. C’est ce double mouvement que Moustapha Safouan suit ici, au travers des figures de la science et de la psychanalyse dans leur dialogue avec le lieu où la vérité s’étreint puis se dérobe sans cesse.
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Les effets subversifs du langage s’attestent dans notre recours au savoir, là où manque la connaissance qui lie instinctivement l’animal aux objets de son milieu naturel ainsi que dans la précarité du lien qui rattache le sujet parlant à la vie, au regard d’une passion hamlétique de l’être apparemment sans attribut ni frein. La première partie de ce livre propose une théorie de l’Œdipe comme un artifice qui remédie à ce défaut comme à celui de toute essence dont s’autoriserait la définition d’un rapport sexuel. La deuxième partie est une lecture de la tragédie grecque qui reconnaît le patron du théâtre, Dionysos, comme le dieu du désir, et dégage la question éthique qui sous-tend Œdipe Roi concernant le roc originaire – sur lequel le symptôme se forme alors que se brise le savoir dont se prévaut l’ordre politique. La dernière partie, qui traite du dépérissement de la famille au profit de l’État séculier au xixe siècle, laisse entrevoir la fin de la civilisation «?œdipienne?», au sens de marquée par l’emprise des religions du salut.
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Que le transfert soit seulement l’ombre d’un amour passé qui se répète sur la personne du médecin et que le désir de ce dernier n’y soit pour rien?; qu’il renvoie au fantasme de l’analysant dont l’objet reste un x indéfini?; qu’il implique l’impasse parce qu’il est tout à la fois le moteur de l’analyse et celui de la résistance : telle fut la conviction de Freud, qui laissait le transfert impensable. Après Freud, dans une série d’études dont il est rendu compte ici exhaustivement, on a ainsi oscillé autour des thèmes pré-analytiques de l’identification de l’analysant à l’analyste (comprise soit comme idéal du moi, soit de surmoi, soit de moi sain).Repenser le transfert implique de l’analyser à travers les jeux autonomes du signifiant : il se porte sur une personne pour autant qu’elle masque l’objet perdu du fantasme, et ne peut se dénouer que parce que l’analyste est lui-même habité par un désir bien en place, c’est-à-dire débarrassé de tout vouloir-savoir. Telle est la structure du transfert ressaisie pas à pas par Jacques Lacan, la seule qui permette d’articuler transfert, résistance, liquidation. En somme, de rendre intelligible la psychanalyse.
Nouvelle édition revue et corrigée, avec une préface inédite de Moustapha Safouan et une présentation de Christian Hoffmann.