Serge Margel – författare
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« Il y a certes toujours un peu d''hommage dans la lecture, il y a surtout beaucoup d''admiration. Les textes que je rassemble ici, parus pour la plupart dans des recueils consacrés à la pensée de Derrida, sont autant de lectures-hommages qui questionnent une certaine idée de la métaphysique. Et qui mieux que Derrida devait rappeler que la métaphysique, d''abord et avant tout est un texte, qu''elle s''écrit et qu''elle se lit, avec ses strates multiples, ses couches latentes, ses plis et ses replis ? Qui mieux que lui aura montré le rôle décisif de la langue, dans la construction comme dans la déconstruction du discours métaphysique, dans son texte, dans son histoire ? Et s''il y a de l''avenir pour la métaphysique, si l''on peut encore penser que la métaphysique reste une « science à venir », toujours et encore « désirable », c''est bien à pouvoir indéfiniment en relire le texte, comme un texte qui ne cesse de s''écrire. » Serge MARGEL.
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Selon l’hypothèse qui sous-tend cet ouvrage, un cas littéraire est l’homologue critique d’un niveau d’information fourni par l’échelle d’une carte. En effet, telle une carte envers le terrain cartographié, un fait littéraire est un cas critique qui transforme un état de chose en un autre sans changer cet état des choses, comme un meurtre qui deviendrait une affaire psychiatrique sans pour autant cesser d’être un meurtre. Il en va de même pour l’écriture de soi chez Rousseau, pour le deuil chez Hölderlin, le sublime chez Baudelaire, la fiction chez Mallarmé, l’amour chez Marguerite Duras, la date chez Paul Celan, la peau chez Charlotte Delbo, le raccord de souvenir chez Chris Marker, ou le personnage possédé chez Jean Rouch. Autant de cas qui ont fait l’objet d’études spécifiques et d’analyses textuelles, qui sont rassemblées ici pour penser le fait littéraire dans sa force critique. Ces textes ont été rédigés et ordonnés selon les relations que la littérature entretient à d’autres champs du savoir, d’autres disciplines, d’autres pratiques, ou à ses différents niveaux d’altérité.
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Le Livre de Job est le livre du scandale. Job avance une thèse qu''il affirme et surtout qu''il défend, envers et contre tout ; une thèse diabolique qu''il revendique contre tous ceux qui l''accusent d''avoir péché, blâmé, maudit ou blasphèmé. La justice de Dieu, dit Job, la justice dont parle la Bible, celle qui repose sur la Loi et dépend d''une souveraineté de toute puissance, n''aura rien été d''autre qu''une « justification », qu''un discours de falsification ou de dénégation, qui justifie le mal, la violence, l''injustice donc, et qui invente le pire. La justice justifie : c''est la thèse de Job. C''est l''hypothèse qui s''ouvre à l''horizon des voix multiples de Job. Mais il y a plus encore. Dès lors que la justice se dit de Dieu, du Tout Puissant, du Souverain, dès lors qu''elle relève de la souveraineté, et quelle qu''en soit l''autorité, qu''il s''agisse de Dieu lui-même, du Roi ou de l''État, la justice toujours justifie l''injustice. Et là, Job ajoute encore un argument. L''injustice que justifie la justice est un produit de la justice, un effet ou un symptôme qui force la justice à jouer le jeu de l''injustice, à en jouir. C''est à travers une telle hypothèse, que le livre de Job est devenu ce livre du scandale, qui pose et tout à la fois renverse déjà les fondements théologico-politiques de la souveraineté.
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La mémoire du présent, concept qui résonne comme un oxymore, est une invention d''Augustin. Cette mémoire ne passe plus par la médiation des images pour opérer son acte de remémoration, mais produit elle-même un nouveau type d’image, purement intelligible. En ce sens, elle ne porte plus sur le passé, mais sur le présent lui-même. Autant dire que ce concept invite à relire de façon critique l’histoire de la philosophie, de Platon et Aristote à Husserl ou Heidegger.Selon l’hypothèse ici développée, cette mémoire ne doit pas se comprendre en fonction d’une théorie de la subjectivité, mais à partir d’une économie temporelle du salut, qui noue l’image et le temps, qui lie l’intériorité de l’âme au déploiement de l’histoire, et articule le miroir de l’esprit à la question des Écritures, speculum et Scriptura. C’est ce que l''auteur appelle l’économie temporelle de l’image — une mémoire qui assume et dispense le salut par l’image.
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Tant de sciences et de savoirs ont été investis pour une objectivation des croyances. Mais peut-on dire d''une croyance qu''elle est un phénomène objectivable, et surtout qu''en est-il de la posture du sujet dans un acte de croyance ? Certes, la croyance est un acte psychique parmi d''autres, mais qui s''inscrit toujours dans l''horizon d''une historicité. Chacune d''elle est prise dans un système de croyances, un contexte historique, qui détermine son univers de sens, que le sujet en soit conscient ou non. Conscient ou inconscient, c''est là un point clef pour définir le concept de croyance. Sommes-nous toujours conscients de nos croyances, en partie ou en totalité ? Si toute croyance n''est pas consciente, alors que signifie une « croyance tacite », implicite, involontaire ou latente, voire cachée, cryptée ou secrète ? Et si, au contraire, une croyance est toujours et totalement consciente d''elle-même, quel type d''accès le sujet qui la porte entretient-il à cette croyance ? Autant de question qu''il s''agira de poser, de préciser et d''analyser à l''horizon de deux champs distincts, qui se croisent. D''un côté, le champ des sciences humaines, comme l''anthropologie, la psychanalyse et la philosophie, de l''autre, le champ des religions du Livre, le judaïsme, le christianisme et l''islam. Les dossiers sont énormes, chaque discipline avance des hypothèses, fournit des définitions, voire construit de véritables théories, et chacune des religions prétend savoir ce qu''il en est de la croyance ou de la foi, l''énonçant sous cette forme singulière d''une « profession de foi ».