Serge Mam Lam Fouck – författare
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Encore une publication concernant D''Chimbo ! pensera-t-on en Guyane. Il y a là un paradoxe. D''Chimbo est l''un des noms les plus évocateurs de l''histoire contemporaine de la Guyane, il hante l''imaginaire du pays depuis plus d''un siècle et il est même devenu une figure littéraire. Pourtant la vie de cet homme est l''une des plus mal connues des Guyanais. Cet immigré africain a vécu en Guyane au milieu du 19e siècle et, raconte-t-on, a assassiné de nombreuses personnes en toute impunité, protégé par des forces occultes. Il a fallu, dit encore la tradition orale, déployer des contre-pouvoirs magiques pour en venir à bout.Ce travail constitue une première. Un historien rétablit enfin la réalité de D''Chimbo et redonne à l''immigré africain une humanité niée par la tradition orale et par certains auteurs. Par ailleurs, il explore cet imaginaire guyanais qui a donné à un criminel une dimension aussi considérable.La découverte du vrai visage du «bandit» D''Chimbo lève le voile sur l''univers des gens simples, acteurs d''un quotidien peu connu, sur le rapport des Guyanais à la culture française et sur les manipulations de la mémoire collective.
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Les pays qui ont vécu le système esclavagiste l''ont diversement traité dans leur mémoire collective en fonction de la conjoncture politique et sociale post-esclavagiste. Celle-ci a conduit les esclaves libérés de Guyane, devenus citoyens de la République française, à chercher dans l''oubli et dans la manipulation du passé esclavagiste une certaine assurance identitaire. On parlait peu de l''esclavage jusqu''aux années 1950 et lorsqu''on le faisait c''était pour en donner une image bien éloignée de la réalité historique. Aujourd''hui on fait parfois du passé esclavagiste un instrument de la lutte anticolonialiste. La puissance de la symbolique esclavagiste est telle que la société guyanaise a navigué de l''occultation à la revendication, sans vraiment assumer ce legs essentiel de son passé.Ce petit ouvrage, que tous les habitants de la Guyane devraient consulter, contient quelques-unes des clés de comportements politiques et sociaux que les Guyanais eux-mêmes, faute de moyens de pratiquer leur propre histoire, ne peuvent toujours expliquer.
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Dans des travaux antérieurs, l''auteur a contribué à la mise au jour des traits marquants de la société guyanaise d''avant la départementalisation. Il propose ici une nouvelle approche de l''histoire guyanaise du rétablissement de l''esclavage par Napoléon (1802) à la départementalisation (1946).L''idéologie de la solidarité nationale ainsi que les pratiques sociales de la période départementale (1946-1999) ont eu tendance à évacuer de la mémoire collective le fait colonial dont le poids est pourtant déterminant dans les attitudes et les comportements, au temps de l''esclavage comme après l''abolition. C''est à la lumière du fait colonial que l''auteur saisit la vie économique, sociale et politique. Ainsi, en dépit de signes avant-coureurs d''une résistance à l''assimilation, pour se libérer des pratiques racistes du système esclavagiste, la petite bourgeoisie guyanaise naissante met toute sa foi dans le processus de francisation ; une certaine conception de la vie politique dans les colonies impose aux Guyanais le spectacle de scrutins électoraux manipulés, à l''abri de toute inquisition ; la production du territoire évolue sous le signe d''une dépendance économique que les aménagements effectués depuis la départementalisation, enfin obtenue en 1946, ne parviendront pas à réduire de façon significative. Les extraordinaires mutations, qui ont fait du département un pays à haut niveau de vie, ne doivent donc pas masquer une histoire coloniale, responsable de puissantes contradictions rendant plus difficile la résolution des problèmes économiques, culturels et politiques de la Guyane.
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La Guyane française, c''était « l''enfer vert », la « terre du bagne », aujourd''hui c''est « l''une des dernières réserves forestières du monde », « la base spatiale de Kourou ». Des clichés identifiant rapidement ce pays dans le monde, mais disant mal ce qu''a été son histoire marquée par la permanence de la relation coloniale. Le travail de synthèse historique que donne ici l''auteur invite au dépassement de l''énoncé des faits pour en saisir, dans une longue durée coloniale, les traits dominants qui donnent sens à l''histoire du pays, trop souvent présentée comme un suite d''événements chaotiques. L''attaque, puis la subjugation des sociétés amérindiennes, l''emprise des colons sur le territoire, sa mise en valeur et son peuplement qui jouent pleinement de la traite des noirs, de l''oppression esclavagiste et de la misère de l''immigration post-esclavagiste, ce temps de la violence et de l''exploitation coloniales est, au même titre que celle des autres états européens, l''œuvre de la France. Est-ce cette même France qui abolit l''esclavage et invite les habitants des « vieilles colonies » à participer sans réserve aux « progrès » de sa civilisation ? Le discours politique post-esclavagiste des Mulâtres et des Noirs ne tergiverse pas : il oublie l''oppression coloniale et exalte la France républicaine abolitionniste et « progressiste ». L''image ainsi épurée de la « mère patrie » commande, à partir de 1848, leurs pratiques sociales : l''assimilation est leur credo et l''intégration au sein de la République Française leur objectif politique. Il est atteint en 1946 : la Guyane, comme les quatre autres « vieilles colonies » est transformée en département. La relation coloniale créée au milieu du XVIIe siècle est donc aménagée à la satisfaction des uns, rapidement (dès les années 1950) à l''indignation des autres. Quant au plus grand nombre, il semble désemparé, troublé au cours du XXe siècle finissant par la permanence d''une dépendance coloniale associée aux « avantages acquis » de la départementalisation. La seconde édition de ce travail présente une histoire mieux connue et des analyses informées des derniers travaux. Elle constitue une avancée certaine dans le long travail de recherche qu''exige encore l''histoire de la Guyane.
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Les « quatre vieilles colonies » françaises de la Guyane, de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion obtiennent par la loi du 19 mars 1946, adoptée par l''Assemblée nationale constituante, leur transformation en départements de la République française. Il s''agit donc de colonies que l''on intègre au sein de leur métropole. Dans le cas de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane, ce sont les « hommes de couleur » qui aspirent à l''assimilation, c''est-à-dire à l''intégration de la colonie au sein de la nation française, qu''ils perçoivent comme le lieu de l''abolition de la domination coloniale.L''évolution politique des départements d''outre-mer depuis les années 1950 - où la contestation du discours et des pratiques de l''assimilation domine - a d''une certaine manière interdit l''ouverture du dossier de l''histoire qui a conduit à l''option de la départementalisation des « quatre vieilles colonies ». En Guyane et aux Antilles françaises aujourd''hui, le sens de l''aspiration à l''intégration au sein de la nation française est peu compris par les générations qui n''ont pas connu la période coloniale. Le discours de l''assimilation, lorsqu''il est évoqué, suscite en effet l''étonnement, l''incompréhension, voire la honte, tant l''évolution politique qui a conduit à la départementalisation semble aller à l''encontre du mouvement de la décolonisation que la Seconde Guerre mondiale a accéléré.La connaissance de cette histoire est pourtant essentielle à l''intelligence de l''évolution sociétale de chacun de ces pays. Elle n''a encore fait l''objet d''aucune étude d''ensemble.En considérant la lutte des « gens de couleur libres » pour la reconnaissance des droits civiques et politiques sous le régime esclavagiste, l''idéologie et les pratiques de l''assimilation de la France, l''aspiration à l''assimilation et la revendication de la départementalisation des « hommes de couleur » des « vieilles colonies », des années 1880 à l''aboutissement de 1946, l''auteur met au jour une culture politique de l''assimilation qui se donne à voir à l''examen d''un discours qui légitime attitudes et pratiques politiques où l''on affiche volontiers l''appartenance à la nation française.C''est la situation guyanaise qui, des débuts de la Troisième République à l''adoption de la loi du 19 mars 1946, guide l''étude de l''histoire de l''assimilation des « vieilles colonies » où l''auteur relève similitudes et différences notamment avec les deux autres colonies de la Martinique et de la Guadeloupe.On dispose donc ici d''une grille de lecture d''une évolution politique saisie sur une longue durée (du début du xixe aux années 1980), marquée, dans un premier temps, par la représentation d''une France généreuse et amie des droits de l''homme qui inspire le projet politique de l''intégration, puis dans un second temps par la contestation de l''assimilation.
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On trouvera ici les textes des communications du colloque organisé par l''Association des professeurs d''histoire et de géographie de la Guyane (aphgg), en novembre 2005 à Cayenne. En puisant dans leur champ de recherche, les chercheurs invités ont fourni un certain nombre de clés pour comprendre les parcours qui ont fait la Guyane.L''ouvrage offre des informations variées touchant à la biographie d''hommes politiques, d''administrateurs, de colons, de religieux ou d''aventuriers, mais également à des études concernant l''histoire de la conquête, du peuplement et de l''exploitation du pays.L''histoire culturelle y occupe une place importante. Ainsi sont présentés le mode de vie des colons des xviie et xviiie siècles, les pratiques religieuses et sociales de la mère Anne-Marie Javouhey, l''étude de la représentation coloniale des travailleurs « noirs » et l''analyse du discours de l''assimilation tenu par les « hommes de couleur » avant la départementalisation de 1946.La première partie de cet imposant ouvrage est réservée à la présentation de questions d''histoire amérindiennes et « noires marronnes » notamment par le moyen des recherches archéologiques et anthropologiques.
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L’intégration de la Guyane au sein de la République française en 1946 – autrement dit la départementalisation de cette colonie – a largement contribué à l’élévation du niveau de vie. De récents et imposants flux migratoires, venus des pays pauvres de la Caraïbe, de l’Amérique du Sud et de la France elle-même, ont alors convergé vers ce département français et bouleversé la vie des Guyanais.Comment comprendre la nouvelle société guyanaise qui en est issue ?A l’aide de morceaux choisis extraits de leurs travaux, trente-cinq chercheurs en sciences humaines éclairent par leurs analyses des données essentielles de la vie guyanaise : les problèmes du développement économique et de l’aménagement du territoire, ceux de la formation des hommes dans le contexte de la diversité linguistique et culturelle du pays, ou encore ceux que pose l’application des lois de la République dans l’espace guyanais. Quant à la question des relations interculturelles où entrent en jeu les postures identitaires des groupes humains présents en Guyane (Amérindiens, Métropolitains, Créoles, Bushinenge, immigrants originaires du Brésil, de Haïti, du Surinam, de la Chine…), elle est traitée sous divers angles et constitue la toile de fond de l’ouvrage.L’ouvrage s’adresse aux habitants de la Guyane et à tous ceux qui souhaitent comprendre ce qu’est, sur le continent sud-américain, ce pays dont les caractères originaux viennent de son insertion dans le dispositif politique et administratif de la nation française.
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La figure de Justin Catayée est peu connue hors de la Guyane, le pays qu’il a représenté à l’Assemblée nationale de 1958 à 1962. Sa portée dépasse pourtant les frontières de la France et des pays de l’outre-mer français, pour concerner la tragédie du rapport à l’Autre en situation de domination.Justin Catayée a refusé l’enfermement de ses compatriotes de la Guyane dans la situation de citoyens de seconde zone. Il s’est également opposé à leur représentation dans la posture du colonisé. Il pensait que la qualité de citoyens français, qu’il proclamait avec fierté, avait vocation à ouvrir les portes de l’égalité républicaine à tous. Il dut rapidement déchanter, lorsque la proposition d’une certaine autonomie au sein de la République qu’il formula, pour sortir la Guyane de ses difficultés économiques, lui valut d’être traité en quasi-ennemi de la France, pratiquement assimilé aux nationalistes aspirant à l’indépendance.Il avait pourtant foi au principe de l’égalité républicaine, au nom duquel il entendait marier les intérêts de la Nation et l’aspiration au développement d’un pays qu’il pensait en citoyen français. Il disparut brutalement de la scène politique guyanaise, lors de l’accident d’avion qui endeuilla les Antilles françaises et la Guyane le 22 juin 1962.A la suite de plus d’un demi-siècle de déchirements (1956-2010) sur la question du rapport à la France, l’analyse du discours qu’il a tenu au cours des années 1960 révèle les talents d’un visionnaire, qui a compris l’identité politique de la Guyane comme l’association de l’autonomie et de l’appartenance indiscutable à la République française. L’approche qu’il en eu apparaît aujourd’hui comme la plus féconde au plus grand nombre. Lui qui n’a connu que l’incompréhension de la majorité de ses compatriotes de Guyane, qui, sous les effets de la décolonisation triomphante, se trouvèrent ligués contre un projet politique jugé bien suspect ; lui qui, sous la Présidence du général de Gaulle, n’a connu que la défiance des gouvernements, trop engagés dans les affaires africaines (guerre d’Algérie et marche vers l’indépendance des pays de l’Afrique subsaharienne), pour percevoir le trait innovant de son projet de société.
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Des groupes socioculturels, relativement nombreux, parfois d’installation récente, sont porteurs de valeurs qui participent à la richesse patrimoniale de la Guyane. De ce fait, on a affaire à une société qui cherche à conforter sa cohésion. Comment dans ce type de formation sociale peut-on concevoir la nature des patrimoines communs à conserver et les politiques patrimoniales à conduire ?L’une des ambitions majeures de l’ouvrage est d’éclairer les acteurs sociaux sur la complexité des processus de patrimonialisation et sur le repérage des enjeux qui les sous-tendent, particulièrement dans le contexte d’une société plurielle.Comme dans l’ensemble de la République, dans le département de la Guyane le respect du droit français s’impose dans les pratiques patrimoniales. Néanmoins, en se fondant sur leurs expériences scientifiques et/ou professionnelles du patrimoine et des processus de patrimonialisation, les collaborateurs de cet ouvrage pluridisciplinaire conduisent à la compréhension des formes de patrimoines communs, qui émergent de composantes culturellement différenciées de la société guyanaise.
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?Les décideurs et le grand public disposent ici d’une Nouvelle histoire de la Guyane, documentée à la lumière des travaux les plus récents, et illustrée de photographies d’objets emblématiques du patrimoine, témoignant de la dynamique des cultures guyanaises. L’ouvrage permet de comprendre aisément les mutations dont le pays a été l’objet.Durant les trois siècles de la période coloniale (1676-1946), les espaces naturels, qui couvrent encore aujourd’hui plus de 80% du territoire, sont perçus comme des obstacles à la mise en valeur, et la pauvreté de la colonie est le lot commun d’une population qui est constamment menacée d’extinction. La départementalisation (1946) change radicalement la vie des hommes. A la fin du xxe siècle, au prix de graves déséquilibres du développement, le nouveau département affiche en effet un niveau de vie relativement élevé, et connaît une exceptionnelle croissance démographique.L’état de la Guyane contemporaine est néanmoins le fruit de longues tribulations coloniales, au cours desquelles toutes les composantes de la population ont dû adapter leurs manières de voir. Qu’il s’agisse des Amérindiens dans la situation précoloniale comme dans celle créée par la colonisation française ; des ancêtres de ceux que l’on désigne aujourd’hui par le terme de Créoles, qui ont connu et le système esclavagiste et la lutte pour « l’assimilation », valant à leurs yeux décolonisation ; ou encore de ces hommes et de ces femmes qui ont rompu avec la vie sur les habitations esclavagistes du Surinam, pour créer les sociétés marronnes (bushinenge), l’un des lieux les plus remarquables de l’extraordinaire diversité culturelle guyanaise.L’ouvrage met plus particulièrement en relief les traits de la nouvelle société guyanaise, née de la départementalisation de la colonie (1946), marquée par l’enfermement dans le cercle vicieux de la dépendance économique, et confrontée aux défis que posent les contraintes de l’immigration récente et ceux d’un développement économique que tous appellent de leurs vœux.