Daniel Dumouchel – författare
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Les rapports entre fiction et théorie ont été multiples, et ils intéressent l''historien de la philosophie comme celui de la littérature. Le présent volume s''est efforcé d''explorer cette diversité en partant des fictions cartésiennes de l''origine et en s''arrêtant à ce qui fut sans doute, en pleine tourmente révolutionnaire fut-ce un hasard ? , la première réflexion explicite sur ce thème, à savoir l''Essai sur les fictions de Madame de Staël. Dans ce parcours, on rencontre ce qu''on pourrait appeler des tendances ou des usages majeurs : d''une part, des artifices élaborés dans le sein même de la théorie pour découvrir la vérité par défaut, c''est-à-dire du fait de l''impuissance à mettre en oeuvre des procédures mieux assurées ; d''autre part, des fictions qu''il s''agit de conjurer de l''extérieur, parce que la raison ne peut se résigner aux flottements indéfinis du scepticisme ; enfin, des histoires que le romancier invente pour faire voler en éclats les fragiles constructions du philosophe.
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Les Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, publiées pour la première fois par l’abbé Jean-Baptiste Du Bos en 1719, apparaissent comme l’un des textes fondateurs de l’esthétique philosophique. Ni peintre ni dramaturge, ni curieux ou marchand d’art, ni critique d’art au sens d’une profession qui n’existe certes pas encore, leur auteur se présente comme un simple citoyen de la République des arts, face à ceux qui s’en veulent les législateurs. Cet amateurisme, qui enveloppe immédiatement de se tenir du côté des œuvres faites et de leur réception, plutôt que d’interroger la fabrique de l’œuvre d’art, comporte néanmoins positivement la prétention de tenir un discours philosophique sur l’effet artistique, sur la fonction de l’art, sur la force comparée des arts, sur le génie et sur le goût. Cette dimension philosophique, qui se marque moins par quelque souci de fondation métaphysique que dans le déploiement de considérations anthropologiques permettant la compréhension des arts et de leurs paradoxes, est placée ici sous l’interrogation croisée de dix spécialistes de la théorie de la peinture, de la rhétorique et de l’esthétique.
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Tantôt manifestation pathologique de la subjectivité, tantôt dimension constitutive d''une subjectivité irréductiblement sensible, les passions accompagnent et hantent la réflexion sur la conscience, le savoir, le politique, la morale et l''esthétique de l''âge classique. De Descartes jusqu''à Hume et aux matérialistes français, des romanciers du XVIIe siècle jusqu''à Prévost et Rousseau, la philosophie et la littérature s''emparent en effet de la notion de passion. De façon analogue, la médecine, la peinture, la sculpture, la rhétorique et les manuels de civilité se saisissent du double problème de la manifestation corporelle de la passion et de son expression formelle. Les études réunies dans cet ouvrage cherchent à souligner la diversité de ces regards théoriques sur l''affectivité. L''enjeu essentiel d''une telle enquête est de délimiter la cohérence d''une notion celle de passion qui, bien qu''elle s''inscrive dans une période temporelle spécifique, porte la trace d''une forte transformation des perceptions et des sensibilités. En se demandant de quelle façon on pense les passions à l''âge classique, les études regroupées ici dessinent un espace de réflexion qui suggère qu''en dépit de la différence des discours, de la richesse sémantique des concepts, des évolutions et des points de rupture qu''on peut y dénoter, la réflexion théorique sur les passions à l''âge classique suit, dans ses différents champs de manifestation, une trajectoire commune qu''il est possible de reconstruire. Trajectoire en un sens tragique puisque, après avoir connu son apogée historique au XVIIe siècle, la notion de passion disparaît au profit de celle d''émotion.