Lucie Desjardins – författare
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Ce recueil issu du colloque Le corps dans l''histoire et les histoires du corps (Université de Montréal, mars 2009) et précédé d''entretiens avec Georges Vigarello (EHESS), a pour objectif d''initier une réflexion sur les implications théoriques et méthodologiques d''une histoire du corps sous l''Ancien Régime. Si le corps constitue une frontière qui délimite l''intériorité des individus, il permet aussi, comme objet historique, de remettre en question notre manière d''interroger les pratiques anciennes, les modes de représentation des communautés, les particularités exemplaires. C''est dans ce double régime historique et historiographique que les auteurs se sont proposés d''aborder cet objet protéiforme et révélateur d''enjeux qui le traversent tout en le définissant. Objet d''une instrumentalisation trahissant des intérêts politiques sous-jacents, enjeu de « seuils de sensibilité » dont il est le révélateur, pivot entre deux périodes historiques ou entre une matérialité physique et son idéalisation, le corps d''Ancien Régime apparaît comme un seuil autant dans les représentations de l''époque que dans la manière dont les historiens tentent de le circonscrire et de l''étudier.
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Mondes renversés où les hommes filent la quenouille, mondes à l''envers où les femmes sont médecins ou soldats : ces différentes figures d''un monde sens dessus dessous brouillent les identités fixées par de très vieilles évidences. De la Renaissance aux Lumières, les mécanismes de renversement que met en oeuvre la fabrique de ces mondes à rebours nourrissent un imaginaire littéraire, philosophique et artistique foisonnant, éminemment favorable aux associations burlesques ou paradoxales. À la faveur d''une capacité poétique et rhétorique à susciter la surprise ou le vertige s''affirme la vocation parodique, satirique et critique que comporte la représentation d''un autre monde. En bouleversant les rapports convenus entre les êtres et les choses, en dessinant parfois les contours d''un antimonde, les figures du monde renversé participent ainsi de l''avènement de notre modernité.
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Tantôt manifestation pathologique de la subjectivité, tantôt dimension constitutive d''une subjectivité irréductiblement sensible, les passions accompagnent et hantent la réflexion sur la conscience, le savoir, le politique, la morale et l''esthétique de l''âge classique. De Descartes jusqu''à Hume et aux matérialistes français, des romanciers du XVIIe siècle jusqu''à Prévost et Rousseau, la philosophie et la littérature s''emparent en effet de la notion de passion. De façon analogue, la médecine, la peinture, la sculpture, la rhétorique et les manuels de civilité se saisissent du double problème de la manifestation corporelle de la passion et de son expression formelle. Les études réunies dans cet ouvrage cherchent à souligner la diversité de ces regards théoriques sur l''affectivité. L''enjeu essentiel d''une telle enquête est de délimiter la cohérence d''une notion celle de passion qui, bien qu''elle s''inscrive dans une période temporelle spécifique, porte la trace d''une forte transformation des perceptions et des sensibilités. En se demandant de quelle façon on pense les passions à l''âge classique, les études regroupées ici dessinent un espace de réflexion qui suggère qu''en dépit de la différence des discours, de la richesse sémantique des concepts, des évolutions et des points de rupture qu''on peut y dénoter, la réflexion théorique sur les passions à l''âge classique suit, dans ses différents champs de manifestation, une trajectoire commune qu''il est possible de reconstruire. Trajectoire en un sens tragique puisque, après avoir connu son apogée historique au XVIIe siècle, la notion de passion disparaît au profit de celle d''émotion.