Laurent Dubreuil – författare
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« L’amitié passe souvent pour une affection du juste-milieu, un lien de modération et d’égalité. Dans la philosophie grecque, nos nuits blanches et les discussions sentimentales qu’elles abritent, les conseils des courriers du cœur ou les éthiques postmodernes, la théorie des sentiments brosse surtout le morne et rassurant portrait d’amis bien comme il faut. Tant de grands héros de l’amitié témoignent cependant d’une exaltation affective, dépassant limites et convenances. Et si l’amitié pouvait être passionnée, tout autant que mesurée ? Il faudrait alors repenser à fond les œuvres et comportements exemplaires qui nous apprennent à aimer. »Ce livre emprunte plus d’une forme pour dire la complexité des amitiés. Traité savant, il conteste les grandes autorités morales, de Cicéron à Montaigne ou Blanchot ; et il reconstruit avec insistance les contradictions textuelles des auteurs grecs, Aristote et Euripide en tête. Démonstration sur l’aujourd’hui affectif, cet essai rapproche des chansons de rock avec certains écrits de Jacques Derrida, il critique ensemble un discours de Fidel Castro et le dernier épisode d’une série télévisée. Projet vital enfin, ces pages se doublent de pensées issues de la fiction biographique qu’élabore le je de l’auteur. »
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Entretiens avec Alain BADIOU et Jean-Claude MILNER. Qu''est-ce qu''une « prise de parole » publique aujourd''hui ? Sur quelles scènes ou quels tréteaux les « Intellectuels » s''expriment-ils ? Autant de questions urgentes, dans le contexte du houleux débat sur la place à accorder à la recherche et à la transmission des connaissances. C''est tout le problème du devenir des savoirs (de tous ordres) dans l''espace public qui se pose ici, mais aussi celui de l''« Intellectuel », de son rôle usé, de son existence même, sur lesquels pèsent des doutes légitimes. Labyrinthe tente d''y voir plus clair dans un paysage hanté par ce fantôme présent-absent de l''« Intellectuel » en dessinant des figures de « parleurs » contemporains, sous formes de « Caractères » à la manière de La Bruyère, rafraîchie et revivifiée de l''Expert au Comique, du Gourou au Porte-parole et de « Portraits » croquant une série de parleurs contemporains et singuliers de Jacques Rancière à Dieudonné, de Francis Fukuyama à Daniel Schneidermann. Le petit théâtre intellectuel ainsi mis en scène est aussi une topographie des prises de paroles contemporaines, réelles, possibles et souhaitables (ou évitables...), qui emprunte à la critique, la sociologie, la philosophie ou la littérature. En-dehors du dossier, mais en rapport évident avec celui-ci, on lira les propos d''Alain Badiou et de Jean-Claude Milner qui s''expriment, dans deux entretiens, sur la question de l''universel, mais aussi sur le gauchisme, la langue française, et Mai 68.
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« Après la dernière livraison de notre revue sur Le petit théâtre intellectuel, qui était très architecturée et composée pour l''essentiel de courtes interventions, Labyrinthe prend cette fois un parti tout différent : celui de l''assemblage, comme autre expérience du savoir. Il y a donc dans le présent numéro un effet de montage, qui articule trois longs textes divergents et de statuts hétérogènes : la première traduction française, par Laurent Ferri, de l''introduction du célèbre ouvrage de Hayden White, Metahistory (1973) ; une robuste enquête, que signe François Rastier, sur la poétique nazie de la philosophie heideggérienne ; une élaboration théorique sur les rapports entre discours, littérature, politique et apolitique sous forme d''un « trilogue » entre les directeurs de la rédaction. Chacun de ces articles peut être lu indépendamment ; les lecteurs trouveront une notule de présentation au début de chaque texte. [...] Ces textes suggèrent, ils affirment, ils interrogent. Il serait faux de dire que les analyses que nous publions ont fait l''objet d''un consensus même au sein de la rédaction. Bien sûr, nous nous sommes réciproquement signifié notre véhémence habituelle. Ce fut bon signe, la marque de controverses qui s''ouvraient, et dont la puissance durerait plus que la brièveté d''une altercation. Il nous a semblé enfin, comme l''indique notre titre, que ces problèmes relevaient del''excellent jeu dit de la "patate chaude". Voilà, nous avons lancé : qui rattrapera maintenant la patate ? » Extrait de l''éditorial.
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Dossier : Comment peut-on être sytématique ? Savoir et encyclopédisme au siècle des Lumières, coordonné par Élodie Cassan. Esprit systématique et esprit de système « Qu''ils soient ordinaires ou savants, les usages actuels d''un « mot-valise » aussi chargé que celui de « système » ne sont guère mélioratifs aujourd''hui. Synonyme de dogmatisme et d''étroitesse d''esprit dans un cas, de prétention totalisante déplacée, surannée, voire dangereuse dans l''autre, le système est aisément renvoyé à des formes d''idéologies closes et statiques éloignées du réel (le « marxisme », le « positivisme »), ou à des conceptions naïvement encyclopédistes du savoir. Cette prétention du savant à absorber le monde dans la vérité de son savoir totalisant, de logiciser entièrement le réel, est précisément ce qui a été mis à mal au cours du XXe siècle, marqué par la dé-totalisation et la valorisation du fragmentaire, le critique des notions de vérité et d''objectivité. Mais c''est à ce point qu''un paradoxe à la fois historique et philosophique doit être soulevé. Quelle place, effet, accorder aux systèmes du savoir élaborés au XVIIIe siècle, à la fois dans leur étonnant foisonnement et dans toute la profondeur de la réflexion épistémologique que ce siècle a consacré à la notion de système. Car les Lumières firent système de tout : du monde, des plantes, de la société, de tout le savoir lui-même emporté qu''il fût dans son élan encyclopédiste et sa passion de la connaissance. »
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ÉDITORIAL
DOSSIER – EMPIRE READERsous la direction de Marc Aymes et Pierre SavyImpérissable / De certains noms d’empireMarc Aymes / Laurent DubreuilComment les empires touchent à leur finCharles TillyEmpires : la logique de la domination mondiale de la Rome antique aux États-UnisHerfried Münkler« Colonialisme » et « Empires coloniaux »Jürgen OsterhammelLe modernisation du colonialisme et les limites de l''empireFrederick CooperTranslations analogiques :la Rome impériale, l’Angleterre médiévale et les Indes britanniquesAnanya Jahanara Kabir
TEXTES LIBRESLa philosophie française et « les Juifs »Entretien avec Ivan Segré. Propos recueillis par Basile Dewez« Enfoncé, Lanson ! » ou comment le Surréalisme a changé l’histoire littéraireMélanie Leroy-Terquem
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« Les Grecs », les Grecs, mais qu''est-ce que c''est que ça ? Maintenant que le respect automatique pour les grands Anciens est passé, que la nostalgie Lettres classiques s''est assez dissipée, que nous reste-t-il à penser des Grecs ? Parfois, l''alternative semble osciller entre l''Antiquité fondatrice, ultra-occidentale et la reconstitution poussive d''Athéniens pas du tout comme nous sous la férule anthropologique. Justement, ce numéro de Labyrinthe veut tenter autre chose : nous croyons qu''il nous en faut encore, des Grecs, que nous les fabriquerons en les écoutant mieux, et nous ressouvenant des divers nous qu''eux et nous pouvons être tout à la fois. Le pari, c''est ceci, trouver des Grecs différents, ici, maintenant, entre nos passés décomposés et futurs imparfaits. D''où cette collection d''articles recherchant l''hétérogène au lieu de tout lisser dans la vieille origine ou la grande sauvagerie hellénique. Dans ces pages, les poèmes répondent aux essais, courts, longs ; les Juifs sont peut-être plus grecs qu''il n''est cru d''ordinaire, et vice versa ; les formes d''écriture se réinventent et produisent une grécité vivante, autre. Ce dossier, dirigé par Laurent Dubreuil, recueille des poèmes inédits en français et comprend des articles nouveaux d''auteurs comme Martin Bernal (Black Athena), ou les hellénistes Pierre Judet de La Combe et Pietro Pucci.
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DOSSIER - L''éloquence des singes sous la direction de Laurent Dubreuil Essai de sémantique simiesque - Richard Lynch Garner À propos de l''homme, ou comment repenser la sélection naturelle du langage humain - Terrence W. Deacon L''évolution et le développement du langage humain chez Homo Symbolicus et Pan Symbolicus - E. Sue Savage-Rumbaugh/William M. Fields La grande scène des primates - Laurent Dubreuil Paroles de singes RECHERCHE LIBRE : L''aporie de Lorki : une croyance peut-elle être réfléchie ? - David Lemler
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Voici qui se proclame et se publie : la colonie ! Des tribuns et des chercheurs l''affirment, la France est malade de ses colonies. Cette rumeur contraste avec l''assourdissement qui succéda aux grandes luttes de décolonisation. Mais suffit-il de parler des colonies pour en défaire la douleur ? nullement. Car l''oppression avait bien son expression, consacrée, évidente, entêtante. Elle pourrait perdurer jusque dans les textes des belles âmes d''aujourd''hui. Foin de l''imaginaire, de la mémoire, de la culture. Nous devons d''urgence revenir sur les conditions de notre propre discours. Retracer les phénomènes de censure qui persistent. Déjouer l''interdit qui lova l''exercice langagier des pouvoirs. Ne laissons pas la parole readymade nous tenir lieu de pensée. Et ne craignons plus de parler « petit-nègre ». Cet ouvrage est l''un des premiers à utiliser ensemble les acquis des postcolonial studies d''outre-Atlantique, de la tradition historiographique française et de la francophonie. En allant d''Haïti au Québec, de la Renaissance aux « émeutes des banlieues », de la critique littéraire à l''histoire sociale, l''enquête construit la signification d''une expérience forcément contradictoire. Par l''exemple (post)colonial, la visée, alors, est d''interroger les différentes manières qu''a le langage de transmettre ou démettre l''ordre social et politique.
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Qui veut encore parler de la littérature aujourd''hui ? Le sujet est souvent considéré comme épuisé par ceux qui font pourtant profession de s''y intéresser. Et si l''épuisement caractérisait moins la question de la littérature que notre démarche critique ? Nous devons dépasser cette époque de transition. En France surtout, les quatre dernières décennies de critique littéraire ont été dominées par l''approche philosophique, puis par un recours massif à l''histoire. L''exploration du passé comme l''exhibition de la pensée rationnelle peuvent certes apporter beaucoup à la lecture. Mais toutes deux retranchent infiniment à la littérature, si elles en font leur chose. Or les oeuvres littéraires ne constituent pas de simples objets de réflexion, car elles parlent déjà le langage de la connaissance. Elles sont pleines de concepts, condensent des traités entiers en quelques vers, jouent sur les mots, modifient les citations en les insérant dans une nouvelle trame narrative. Nous sommes loin, ici, des sources ou des influences. C''est une véritable métamorphose des discours qui a lieu dans la littérature. Il n''est par conséquent plus question d''appliquer aux textes les procédures et les résultats de l''histoire ou de la philosophie. À rebours plutôt, un poème, un roman, un drame changeront notre manière de lire et d''écrire les disciplines. Le présent ouvrage prend ainsi la forme d''un « retour à l''envoyeur » et montrent que les logiques les plus structurantes de l''histoire et de la philosophie sont déjouées par l''élaboration poétique. Les chapitres s''attachent à des corpus circonscrits (ceux de Nerval, Genet, Maupassant, Sartre, Baudelaire, Bataille, Proust ou Artaud), tout en regardant plus loin : vers la philosophie contemporaine, les traités d''histoire universelle ou la poétique des ruines.
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Une littérature de possession, d''envoûtement, de hantise. Ceux qui vivent ces histoires se sentent envahis, pillés, captés, affaiblis par quelqu''un, par quelque chose d''autre. Le présent ouvrage explore cette expérience de la possession quand elle croise la littérature, à travers l''oeuvre de trois écrivains : Guy de Maupassant, Antonin Artaud et Maurice Blanchot. L''événement total de la possession exige l''invention, la rigueur, la technique, l''érudition tout ensemble. D''authentiques révélations textuelles peuvent alors se produire. Maupassant, écrivain surnaturaliste, s''avère un implacable analyste de la perception et de l''être extraordinaires. Face à l''ensorcellement généralisé du monde, Artaud se condamne à et dans la littérature. Le désaccord entre les essais et les romans ou récits de Blanchot le rend partiellement à la phénoménologie. Avec l''altération absolue des individus, les accointances entre philosophie et littérature sont significatives leurs limites aussi. En plus de la philosophie, sont privilégiées ici la psychiatrie et la critique réfléchie. Oui, la possession est proprement un enjeu pour la critique littéraire : par les textes, elle désigne un mode de lecture, et l''empathie d''une parole enthousiaste. À chaque fois, les oeuvres sont traversées par d''autres, emportées par la lecture, hantées par la possession.
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Une littérature de possession, d''envoûtement, de hantise. Ceux qui vivent ces histoires se sentent envahis, pillés, captés, affaiblis par quelqu''un, par quelque chose d''autre. Le présent ouvrage explore cette expérience de la possession quand elle croise la littérature, à travers l''oeuvre de trois écrivains : Guy de Maupassant, Antonin Artaud et Maurice Blanchot. L''événement total de la possession exige l''invention, la rigueur, la technique, l''érudition tout ensemble. D''authentiques révélations textuelles peuvent alors se produire. Maupassant, écrivain surnaturaliste, s''avère un implacable analyste de la perception et de l''être extraordinaires. Face à l''ensorcellement généralisé du monde, Artaud se condamne à et dans la littérature. Le désaccord entre les essais et les romans ou récits de Blanchot le rend partiellement à la phénoménologie. Avec l''altération absolue des individus, les accointances entre philosophie et littérature sont significatives leurs limites aussi. En plus de la philosophie, sont privilégiées ici la psychiatrie et la critique réfléchie. Oui, la possession est proprement un enjeu pour la critique littéraire : par les textes, elle désigne un mode de lecture, et l''empathie d''une parole enthousiaste. À chaque fois, les oeuvres sont traversées par d''autres, emportées par la lecture, hantées par la possession.
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Du grand feu de joie des Lumières restent surtout des cendres : la modernité s’est éteinte. Depuis un aujourd’hui marqué par l’extinction massive des espèces animales, la raréfaction des ressources naturelles ou l’amoindrissante standardisation des modes de vie, nous voyons peut-être avec plus d’acuité que, depuis ses débuts, le «?projet moderne?» se vouait à son épuisement. Ce constat n’avait pourtant nul besoin d’attendre notre époque pour se voir édicter. Charles Baudelaire, en particulier, décrivit avec rigueur comment la modernité en viendrait inexorablement à se saper elle-même. Contrairement à sa légende, Baudelaire n’est ni le poète de la vie moderne, ni un antimoderne. Dans son œuvre, il critique en acte la religion moderniste et sa foi dans le progrès technique ou politique, l’explication historique, l’urbanisation, l’expansion coloniale et la croissance économique. Il propose en retour une poétisation de soi et du monde, pour tenter d’éviter le suicide collectif de la modernité. Ce livre est ainsi une invitation à relire Baudelaire dans toute sa complexité et à y trouver une inspiration pour penser et agir au futur.
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Non, tout n''est pas politique. Il faut sans doute vivre en compagnie des autres, avec des lois et des forces de coercition pour garantir la subsistance commune. Mais cela ne constitue que les conditions du niveau de vie dont la chose publique s''occupe (souvent si mal) : il nous reste alors à rendre nos existences vivables. Pour préparer l''insurrection de vivre, ne comptons guère sur la « représentation nationale », les lois du marché, la technologie, les comportements « citoyens », ni non plus les derniers mouvements d''indignation ou de rébellion. Sans abandonner la malheureuse nécessité de la lutte (elle a certes son utilité), apprenons plutôt à donner à la politique le congé qu''elle mérite. Voici une provocation singulière, une invitation à repenser les prétendues « fins » de la politique, mais indépendamment d''elle.