Jean-Francois Bayart – författare
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Criminalization of the State in Africa
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Emmanuel Macron est le plus jeune président de la Ve République que la France s’est donné, Gabriel Attal son plus jeune Premier ministre. Mais, Parole d’évangile, « on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ». L’Ecclésiaste nous avertit aussi : « Malheur à la ville dont le Prince est un enfant ». Nous y sommes. Et même au carré ! Un nouveau pamphlet ? Non. Une démonstration de sociologie historique et comparée du politique. Certes, l’auteur prend pour focale la personne et la politique d’Emmanuel Macron. Mais il s’attache à dégager les logiques de situation dont ce dernier est le jouet consentant, à les replacer sous l’éclairage de l’historicité propre de la société politique française, et à la comparer avec d’autres situations, passées ou présentes.La France se pique d’universalité. En l’occurrence celle-ci prend surtout la forme de son ralliement à un mouvement de fond global, souvent qualifié d’« illibéral » ou, plus justement, de « libéral-autoritaire », de « national-libéral », qui parcourt la planète. A son corps défendant, Emmanuel Macron est en passe d’enclencher une révolution conservatrice à la française à force de dévitaliser les corps intermédiaires, de donner des gages à l’extrême-droite identitariste, d’adopter un ton belliqueux. « Nous ne céderons rien », répète-t-il à tout propos. Au risque de devoir céder l’élysée à Marine Le Pen.
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Emmanuel Macron est le plus jeune président de la Ve République que la France s’est donné, Gabriel Attal son plus jeune Premier ministre. Mais, Parole d’évangile, « on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ». L’Ecclésiaste nous avertit aussi : « Malheur à la ville dont le Prince est un enfant ». Nous y sommes. Et même au carré ! Un nouveau pamphlet ? Non. Une démonstration de sociologie historique et comparée du politique. Certes, l’auteur prend pour focale la personne et la politique d’Emmanuel Macron. Mais il s’attache à dégager les logiques de situation dont ce dernier est le jouet consentant, à les replacer sous l’éclairage de l’historicité propre de la société politique française, et à la comparer avec d’autres situations, passées ou présentes.La France se pique d’universalité. En l’occurrence celle-ci prend surtout la forme de son ralliement à un mouvement de fond global, souvent qualifié d’« illibéral » ou, plus justement, de « libéral-autoritaire », de « national-libéral », qui parcourt la planète. A son corps défendant, Emmanuel Macron est en passe d’enclencher une révolution conservatrice à la française à force de dévitaliser les corps intermédiaires, de donner des gages à l’extrême-droite identitariste, d’adopter un ton belliqueux. « Nous ne céderons rien », répète-t-il à tout propos. Au risque de devoir céder l’élysée à Marine Le Pen.
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Jamais, peut-être, l’évidence de l’interaction entre la sphère de la religion et celle de la politique n’a été aussi grande en Afrique. « Peut-être », faut-il bien insister car, en la matière, les illusions d’optique de l’actualité et le prisme déformant des émotions ne sont pas bons conseillers. Il n’empêche que les événements sont là pour nous rappeler que dans cette partie du monde, comme ailleurs, chacun est pour soi, et Dieu décidément pour tous.Comment démêler l’écheveau des interactions entre religion et politique en Afrique ? En s’inscrivant dans une perspective de sociologie historique et comparée, et en montrant que l’état, sur le continent, est une cité cultuelle, tout comme il le fut en Europe. Ce qui n’exclut nullement sa sécularisation, dans la mesure où l’autonomisation du politique par rapport à l’ordre de la foi est souvent née, paradoxalement, de la sphère religieuse elle-même.
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Le rapport privilégié que la religion entretiendrait avec la violence est devenu l’un des poncifs du débat public. En proie au djihadisme et au radicalisme politique du christianisme évangélique, l’Afrique semble être un cas d’espèce. Mais cette pseudo-évidence soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. De quelle violence, de quelles religions, et même de quelle Afrique parle-t-on ? La guerre, en Afrique, a été politique, et non pas religieuse. Elle a eu pour objet le contrôle de l’état et des ressources, plutôt que celui des âmes, même si elle a pu emprunter, ici ou là, le langage de Dieu.Le chassé-croisé de la violence et de la religion doit être analysé au cas par cas, à l’échelle des terroirs historiques. Aux antipodes des généralisations idéologiques apparaît alors un objet sociologique très circonscrit : des mouvements armés d’orientation religieuse qui participent d’obédiences diverses, aussi bien islamiques que chrétiennes, conduisent des insurrections sociales, mais occupent une place marginale dans les interactions entre Dieu et César. Au fil de cette réflexion, c’est toute l’histoire de l’état en Afrique qui apparaît sous un jour nouveau.
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Dans ses institutions contemporaines, l''État est volontiers considéré comme un produit d''importation en Afrique et en Asie. De fait, son édification sous cette forme particulière, est le fruit de l’expansion impérialiste de l’Occident et du processus communément qualifié de « globalisation » ou de « mondialisation ». Mais cette greffe s’est-elle soldée par un échec, comme on l’affirme souvent ?Cette question, apparemment très académique, est en réalité sous-jacente à la plupart des grands mobilisations qui secouent le monde et émeuvent l’Occident : l’avortement de la revendication démocratique dans nombre de pays du Sud, la poussée de l’islamisme, la montée en puissance du nationalisme hindou, le déchaînement de guerres identitaires dont les opérations de « purification ethnique » semblent être la conclusion logique. Il est tentant de voir dans de tels phénomènes une confirmation supplémentaire de l’impossibilité de la greffe de l’État. Et pourtant certaines de ces péripéties poursuivent paradoxalement l’universalisation des éléments fondamentaux de la civilisation occidentale.Au lieu de s’en tenir à ce débat sur la sociologie de l’export-import du politique, il vaut mieux s’interroger sur les processus concrets de formation de l’État. Il n''est pas sûr que les trajectoires du politique en Asie et en Afrique puissent être ramenées à une formule commune d’universalisation, de l’occidentalisation, de globalisation ou, au contraire, de la singularité. En revanche, leur mise en perspective comparative, à partir des cas du Maghreb, d''Israël, de l''Inde et de la Chine, ouvre la voie à une problématisation renouvelée de l''État. La plupart des débats qui l’agitent et défrayent la chronique renvoient à son historicité. Pour mieux déchiffrer ceux-là, il nous faut d’abord mieux comprendre celle-ci.
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