Pascal Bastien – författare
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« Je vois de mes fenêtres piller le pain d''une boulangère du marché qui l''avait fait rentrer dans l''allée du sieur Garnier marchand épicier mon voisin dont on avait fermé la porte à son inssue et qui est obligé d''en faire briser la barre, afin de faciliter l''entrée à la populace qui s''étouffait presque pour prendre le pain et en emporter. Je remarque dans la foule beaucoup de femmes et d''enfants des deux sexes. Je vois des fenêtres du sieur Bellot marchand bonnetier mon beau-frère duquel je tenais à loyer mon appartement, enfoncer la porte d''un boulanger qui était vis a vis, à coups de pince de fer, un grand et fort homme en veste grise portant un chapeau rabattu et presque blanc de poussière se distinguait dans cette opération par son acharnement et paraissait conduire toute la bande ; la porte étant ouverte, on jette au peuple le pain qu''on y trouve. On force ensuite le-dit sieur Bellot mon beau frère d''ouvrir sa boutique, on en brise les vitres en partie, on visite son appartement et on lui emporte sa provision personnelle de pain, avec recommandation néanmoins de la part de ceux qui donnaient le ton de ne point toucher aux marchandises et de ne prendre que du pain. »
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Puissante, constructive et active, l’émotion est un lien social et un facteur de solidarité. Elle est à la source de nombreuses nouveautés associées à la première modernité et constitue le moteur d’importants basculements de l’ordre ancien. Alors que les expériences émotionnelles des acteurs et des observateurs peuvent différer radicalement, elles peuvent aussi être étroitement liées par l’interaction sociale, les représentations culturelles et visuelles et la médiatisation. C’est cet univers extraordinairement riche que nous proposons de traverser dans ce livre. Réunissant dix-huit contributions d’histoire, d’histoire de l’art et de littérature, ce volume propose des ouvertures théoriques et heuristiques inédites sur une époque bouillonnante, vive, dangereuse – et résolument moderne.
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Siméon-Prosper Hardy poursuit la rédaction de Mes Loisirs avec la même énergie et la même inquiétude et, en 1782, engage le sixième registre de son Journal. Hardy a rarement été aussi attentif à la situation internationale et, depuis son cabinet ou à travers ses promenades, il rapporte et discute des événements dont les échos traverseront avec fracas la dernière décennie de l’Ancien Régime.Ce volume se fait ainsi témoin, parmi tant d’autres événements, de la parution du Compte rendu de Necker et de la disgrâce du célèbre ministre d’État ; des opérations atlantiques du continent franco-anglais et de l’investissement de laFrance dans la guerre d’Indépendance américaine ; de la révolution de Genève et du rôle de la France pour la réprimer ; et bien sûr des dernières publications sulfureuses, comme Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos ou le premier volume des Confessions de Jean-Jacques Rousseau.
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Le Journal s’accélère.Le ton de Siméon-Prosper Hardy se fait en effet un peu plus personnel ; le promeneur un peu plus curieux ; l’observateur un peu plus critique. De cette décennie désormais modelée par une circulation sans précédent des informations de toute nature, et pleinement engagée dans la méfiance et les doléances de tout un chacun, ce volume s’ouvre avec la signature de la paix entre l’Amérique et l’Angleterre (1783) et se termine avec le scandale de l’Affaire du collier (1785).Sous la plume de Hardy, le lecteur sera témoin, parmi tant d’autres tableaux, de vols de montgolfières et des expériences de Mesmer ; de la mort de Diderot et de celle de d’Alembert ; de l’arrestation du brigand Poulailler et d’une visite scrupuleuse du donjon de Vincennes.www.journaldehardy.org
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Le portrait de Paris au XVIIIe siècle : c''est ce que nous offre Siméon-Prosper Hardy, libraire de la rue Saint-Jacques, à travers le « Journal » qu''il rédigea quotidiennement pendant plus d''un quart de siècle. Mes Loisirs, ou Journal d''événemens tels qu''ils parviennent à ma connoissance (1753-1789) constitue sans doute l''une des sources les plus riches que la littérature de témoignage nous ait laissée du XVIIIe siècle. Par son volume et par son organisation où entrent mêlés documents, extraits, racontars et observations personnelles, il prend place dans la lignée des grands journaux et mémoires d''Ancien Régime. Particulièrement riche pour l''histoire des institutions, de la vie politique, de la société urbaine, de la culture et de la sensibilité avec ses troubles, ses émotions, ses loisirs et ses divertissements, il ouvre au chercheur tout ce que les jours ont pu offrir à l''oeil et à l''oreille d''un petit bourgeois parisien pendant les trente dernières années de l''Ancien Régime. Irrégulière entre 1753 et 1765, la plume de Hardy devient plus vive à partir de 1766 ; et jusqu''aux premiers mois de la Révolution française, c''est une biographie de Paris saisie au jour le jour qu''elle nous offre, en une « histoire du temps présent » généreusement confiée à la postérité. Mes Loisirs connaissent, pour la première fois, une édition intégrale et annotée en 12 volumes.
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«Très incertain sur la tournure que pourront prendre dans la suite les affaires actuelles de toute la magistrature du royaume ; je consigne ici une espèce de profession de foi politique relative à ces affaires quelle que doive en être l''issue : c''est la mienne : et je crois pouvoir me flatter que c''est en même tems celle de tout bon François. Quoique je ne me sois jamais regardé que comme un atome dans la société ; j''ai toujours pu me flatter de mériter d''y occuper une place distinguée par ma fidélité inviolable pour mon souverain autant que par mon amour pour sa personne sacrée. Les sentimens que j''ai puisés dans l''éducation que j''ai reçue et dans les lectures que j''ai faites ne s''effaceront jamais de mon coeur ; envain entreprendroit-on de me les faire abjurer ; il seroit aussi difficile d''y réussir qu''il pourroit l''être de parvenir à rendre blanc le plumage d''un corbeau. Quoique ma fortune soit des plus médiocres par les dispositions de la divine providence ; une perspective de cent mille écus de rente ne me feroit point abandonner le bien qui m''est propre comme à beaucoup d''autres, celui qu''aucun voleur ne sçauroit ravir ; je veux dire la possession de l''honneur et du véritable patriotisme. Je croirai toujours devoir penser sur les affaires présentes, avec et comme les premières personnes de l''État, les princes du sang royal qui ont manifesté leurs sentiments d''une manière aussi authentique que respectueuse pour notre auguste maître, dans une protestation solennelle à laquelle non seulement tous les bons citoyens, mais même tous les fidèles sujets du Roi ne peuvent s''empêcher de rendre hommage en y souscrivant de toute leur âme. Ita sentiebat civis régi et patrioe addictissimus, Siméon Prosperus Hardy, syndico rei librarioe et typographioe adjunctus anno domini 1771. »
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« À travers le stile énigmatique de tous les bulletins, on ne laissoit pas d''apercevoir que le Roi se trouvoit dans le danger le plus imminent. La police avoit fait défendre à tous les traiteurs de recevoir chez eux aucuns joueurs d''instruments. Tous les spectacles demeuroient suspendus et nonobstant cette interruption des plaisirs publics, on n''en remarquoit pas moins l''indifférence des personnes de tous les ordres de l''État dans une circonstance aussi critique, bien opposée aux démonstrations d''amour données en 1744 et qui n''étoient pas encore oubliées. On asseuroit qu''un conseiller clerc Inamovible du nouveau Parlement en même temps chanoine de l''Église de Paris avoit dit à un de ses amis qu''en 1744 il avoit été payé à la sacrystie de cette église la rétribution de six mille messes pour demander à Dieu le rétablissement de la santé du roi Louis XV qui étoit pour lors malade à Metz. Qu''en 1757 après l''attentat commis par le parricide Damiens, le nombre de ces messes ne setoit monté qu''à six cent, et que dans la maladie dont Sa Majesté se trouvoit actuellement attaquée, il n''en avoit été demandé que trois. »